Ceci est le récit d’un voyageur phénicien en Mésopotamie, région du Moyen-Orient situé dans l’actuel Irak, entre les fleuves sacrés que sont le Tigre et l’Euphrate. Les textes écrit en cunéiformes ont été retrouvés lors des fouilles archéologiques organisées en 1935 par la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG) dont le directeur des recherches était Rodolph Kaldimann, sur des tablettes d’argile prés de la grande bibliothèque de Ninive construite par Sargon II à la fin du VIIIéme siècle av. JC.
Chapitre 7
Le bateau était terminé depuis quelques jours et Cinza en profita pour prendre un peu de repos. Il avait su garder quelques pièces de monnaies pour survivre quelques temps sans travailler. Il savait qu’il y aurait toujours un travail pour lui comme pour les autres. Il ne s’attendait pas à s’enrichir avec son travail, le peu de richesses qu'il obtenait lui suffisait pour lui acheter à manger tous les jours.
En parcourant la ville, il trouva une de ses auberges qui donnait sur le port de Ninive et qui logeait peu cher tant le bruit du quartier était insupportable. De nombreuses marchandises arrivaient de tout l’empire assyrien et partaient vers tout l’empire assyrien. Le commerce de Ninive était très important. On embarquait des chevaux, du bétail, des volailles, des porcs, mais aussi des objets de culte, des joailleries, des lapicides, des orfèvres, des poteries, des céramiques, des tissus teints, des roseaux, du cuir, de l’huile et de la bière ainsi que des métaux divers comme l’or et le bronze. Tout ce qui manquait à la capitale Ninive arrivait aussi par ce port. L’Assyrie manquait de pierres et de bois de constructions, de plantes et d’aromates et certains métaux comme le fer et des pierres précieuses. On disait souvent que l’empire vivait entre le commerce et la guerre.
Cinza profita de ces quelques jours pour découvrir les monuments de la ville et retourna même à Khorsabad pour revoir le Palais du Roi Sargon II qui devait être inauguré dans quelques jours après plus de quinze longues années de travaux. Cinza était plutôt rassuré de ne pas avoir été déporté sur le chantier du palais, car il avait entendu parler que le travail là-bas était des plus dures. Il y avait eu beaucoup plus de morts que pour la construction du bateau. Il se dit que dans ce pays que l'on mourrait de faim, on mourrait de froid, on mourrait de fatigue, on mourrait de ses blessures qui n’étaient pas soignées, mais on ne mourrait jamais de soif. Cinza s’en réjouis difficilement car cela avait été le cas sur le chantier du Palais, puisque six hommes moururent de soif car ils étaient restés toute la journée au soleil pour la construction des tours du Palais, Il ne supportait plus de voir tous ces hommes, parfois devenus ses amis sur les chantiers mourir un par un. Ces hommes étaient partis de leur pays car on leur avait promis fortune, mais ils n'y ont trouvé que pauvreté et misère, travail d'esclave et maigre nourriture. Ils croyaient pouvoir nourrir leurs familles, gagner quelques pièces et revenir près des leurs. Ils n'y ont trouvé que la déchéance de leur personne, la parole d'un roi qui les empêche de repartir chez eux, ils sont isolés ici, dans les grandes cités fortifiées, nombreux sont contraints de fuir dans le désert, on ne sais jamais ce qu'il leur advient. D'autres préférent se donner la mort, dans une dernière prière aux Dieux, ils tendent les mains au ciel et rêve d'un dernier espoir avant de mourir. Certains se lacérent le corps, d'autres se jettent dans le fleuve. La mort et la douleur qu'ils subissent est comparable aux souffrances que fait endurer le Roi aux peuples ennemis. Ils sont morts pour la puissance du Roi. Cinza, lui n'était pas mort et il devait vivre avec ces pensées en lui. Il savait que son courage ne l'abandonnerait pas à cause de quelques pensées obscures et tristes de la vie sur ces terres hostiles.
Sur les rives du Tigre, on pouvait encore admirer le bateau qui n'avait pas bougé depuis la fin du chantier auquel Cinza avait fierement participé. Jusqu’à ce qu’un beau matin, le bateau avait disparu. A l’aube, les rameurs avaient pris place et le commandement était parti vers Khorsabad. Il leur fallait quatre jours pour atteindre le Palais avant de revenir vers Ninive puis vers la Babylonie pour livrer une attaque contre les rébellions des peuples des marais menés par l’horrible Mérodach Baladan II. Le Roi Sargon II l’avait chassé de son trône lors de la campagne précédente qui se déroulait avant et pendant la saison chaude. Réfugié dans les marais, il avait sut s’allier avec les élamites venus des terres du Sud pour lutter contre les assyriens. Ils voulaient reprendre le siége de Babylone. Leurs armées s’étaient affaiblies à cause des batailles contre les puissants assyriens. Ils n’avaient que très peu de chars, car le peu qu’ils avaient, étaient ceux de l’ennemi récupéré non sans mal et sans pertes sur le champ de batailles. Les pertes des deux cotés étaient lourdes mais les assyriens restaient les plus nombreux et leur permettait d’assouvir leur influence sur les babyloniens. Les assyriens maîtrisaient les accès aux villes, les collines stratégiques, les élevages de chevaux ainsi que les casernes, les réserves d’eau et ils avaient reconstruit les canaux d’irrigation détruits par eux-mêmes afin de reconstruire au plus vite Babylone. Les élamites et Mérodach Baladan II n’auraient jamais la force pour attaquer les armées assyriennes, ils voulaient uniquement retrouver leurs terres et leur pouvoir à Babylone.
Cinza continuait à contempler les bas reliefs des Palais des anciens rois assyriens. Il remarquait le nombre important de gravure décrivant la chasse aux lions menés par les Rois. Ce pouvoir leur était réservé par les Dieux pour défendre leurs sujets. Les lions sauvages et autres animaux comme les ânes ou les gazelles étaient des menaces sérieuses contre les récoltes, le peuple et les voyageurs. L’une de ses sculptures représentait le Roi Téglath Phalazar III lors d’un combat contre un lion. Le souverain attaquait avec une lance acérée, tandis qu’un autre fauve, blessé et encore redoutable, se jetait sur son cheval de rechange. Les Rois prenaient du plaisir à la chasse. Il s’agissait aussi de leur devoir.
Cinza se souvint qu’un jour prés d’une ville, il avait remarquer un homme avec deux chevaux et entouré à quelques distances de gardes armés en train de combattre un lion. Il avait observé la scène derrière un vieux muret. De temps en temps, les gardes archers tiraient leurs fléches sur le lion afin de l’affaiblir. La tâche devenait ainsi plus facile pour le Roi. Le Roi n’avait plus que quelques coups de lances à infliger pour que le lion meure. Quand le Roi revenait dans son palais, il prenait le soin de parcourir le plus de ruelles possibles afin que les habitants le voient victorieux d’un lion. Il était alors acclamé par la foule. Les bas reliefs représentaient le plus souvent soit des sculptures du Roi à la chasse soit le Roi victorieux d’une campagne militaire.
Un soleil étouffant frappait la plaine du Khosr. De grosses gouttes ruisselaient le long du visage de Cinza. Sur le chemin qui longeait un canal, il croisa des paysans au travail. Les voyant dans l’embarras d’un chargement de charrette, Cinza s’approcha et proposa son aide. Les paysans, essoufflés par le poids des bêtes à charger ne refusèrent pas.
- Pour qui sont ces bêtes ? demanda Cinza.
- Pour qui tu crois, tu sors d’où toi ? C’est pour le Roi ! répondit séchement un vieux paysan.
- Ah, c’est pour le Roi. Il faut en charger combien ?
- Jusqu’à ce qu’il fasse nuit ! Et demain, pareil ! Tout cet élevage, jusqu’au réservoir là-bas, tout ça, ça appartient à Karashtu.
- Qui est ce Karashtu, ce n'est pas le Roi ? demanda Cinza.
- C’est le gouverneur de la ville de Mossul. Toutes nos familles travaillent pour lui. Il a d’autres plantations et d’autres élevages de l’autre coté de la ville. C’est un homme très puissant, allié avec le Roi.
- Vous avez l’air bien au courant !
- Tu as vu mon âge, cela fait bien longtemps que je travaille ici. Et toi, tu sors d’où ? Tu n’es pas d'ici ?
- Je suis phénicien, je viens de Tyr sur la Mer de l'Ouest.
- Tu viens de bien loin. Toi aussi, tu as été déporté.
- Déporté ? Non… Je suis venu en dromadaire.
- Tu es venu en dromadaire, de toi-même, personne ne t'as forcé à venir ici, même pas les soldats assyriens ?
Cinza ne comprit pas pourquoi cela surprenait le vieux paysan.
- Cela vous semble étrange ? demanda Cinza.
- Personne ne vient ici, d’aussi loin, de son plein gré. Moi-même, j’ai été déporté, il y a bien longtemps. Je viens de la région du Nord, en Urartu. Et ici, le Roi a toujours besoin de main d’œuvre pour les travaux aux champs. J'ai pas eu le choix ! affirma le paysan sur un ton de mépris faisant comprendre à Cinza qu'il ne s'intéressait pas aux jeunes parresseux flânant dans les champs.
Le Roi avait bel et bien besoin de main d'oeuvre, mais Cinza avait compris qu'il ne cherchait à déporter que des hommes en âge de travailler et plutôt pauvres. Sans aucun doute, les armées assyriennes choisissaient dans les villages ennemies des hommes forts et robustes capables de travailler dur sans se plaindre. Nul ne sait dans les détails ce qu'ils faisaient subir aux autres villageois. Les femmes, les enfants et les vieux étaient réunis dans des granges puis celles ci étaient mises à sac, quelquefois devant les hommes du villages, les femmes étaient brûlées vives dans une souffrance inomable. Ceux qui se rebéllaient, subissaient les conséquences de leur désinvolture. Les soldats assyriens s'empressaient de leur couper la tête, les mains ou les pieds et les exposaient sur les murs de la ville pour faire comprendre ce que l'on réservaient aux insoumis. L'armée assyrienne était assoiffé de sang et exprimaient leurs haines et leurs rages aux autres peuples. Cinza avait déjà entendu parler de ces tortures inhumaines à l'encontre d'autres hommes et femmes, par des rescapés qu'il avait croisé sur son chemin. La peur les hantait toutes les nuits. Ils se méfiaient de tout et de tout le monde. Il cherchait au plus profond de lui même des idées pourqu'enfin les faibles puissent se défendre contre les peuples intolérants et méprisants.
Cinza raconta à son tour au vieil homme ce qu’il avait fait depuis son arrivée à Ninive, toujours en continuant de travailler. Il lui expliqua le plaisir qu'il prenait à découvrir les villes et les villages, regardaient les murs des palais, comprendre les inscriptions et les sculptures, parler aux tailleurs de pierre, aux scribes et autres commerçants, mais qu'il cherchait toujours un travail. Il lui raconta son plaisir de se prélasser et de ne rien faire, vagabondant ici et là, ne rien devoir à personne, de penser à sa vie et à la vie des autres.
- Tu es un beau rêveur, toi ! Lui rétorqua le vieil homme.
- Pourquoi dites vous ça ?
- Tu crois pouvoir te prélasser longtemps comme cela. Il faudra bien que tu payes ta part au Roi, car je suppose que tu n'as aucun tribut à verser au Roi. Tu fuis les tributs comme une maladie, mais la maladie te rattrapera bien vite mon ami.
- Non, je ne vis jamais au même endroit plus de quelques jours. C'est certains que cela m'évite toutes réprimandes de la part des officiers du trésor. Ils ne me connaissent pas, donc ils ne me cherchent pas, lui répondit Cinza. Je ne suis de plus pas souvent sorti des villes où je me trouvais, Ninive et Khorsabad entre autres.
- Les tributs que nous donnont servent aux offrandes aux Dieux, pour notre sécurité. Ils servent aussi à payer la guerre, les routes, les palais, des champs cultivés, des canaux d'irrigation qui profitent à tout le monde, y compris toi. Nos familles sont pauvres et vivent dans ce village là haut sur la colline. Nous n'avons même pas de piéce d'argent. Nous vivons uniquement de notre bétail que nous échangeons ensuite sur les marchés. Tous les jours, nous sommes au travail, pour nourrir notre famille et vivre décemment comme nous le souhaitons.
- Comme tu l'as dit, je n'ai pas de famille ici, la mienne est bien loin. Peut-être suis je moins obligé de travailler que toi ?
- Elle serait belle la vie si tout le monde faisait comme toi. En payant ses tributs au Roi, il nous assure notre protection. Ninive est une ville bien protégé et les babyloniens s'essouflent rapidement dés qu'ils veulent nous attaquer. Moi même, je suis parti une période faire la guerre à Babylone. J'ai vu des choses, qu'ici personne ne connaît ou n'a vu. Nous avons tué des centaines de villageois, beaucoup plus que de soldats. Nous avons mis le feu à nombre de maisons et d'édifices. A l'époque, le Roi Tiglath Phalazar III a vaincu de nopbreux peuples éloignant les frontières de l'Assyrie aussi long que tu puisses imaginer. C'est lui qui nous a déporté de l'Urartu par milliers pour nous mélanger à d'autres peuples, d'autres traditions, d'autres coutumes, ici à Ninive, pour pouvoir mieux contrôler notre rebéllion. A présent, je suis trop vieux pour me battre. Babylone est vaincu, Sargon II repousse à son tour sans cesse les frontières de l'empire. L'empire se fait et se défait au fil des guerres et des campagnes militaires adverses. C'est un cycle sans fin. Les hommes voudront toujours prendre ce qui appartient à son voisin. La jalousie est le pire des défauts. Pour l'Assyrie, cela ne va pas durer. Un jour, les peuples vaincus vont s'unir, construire des armes et une armée et vont défier le Roi. Si ce n'est pas lui, ce sera son fils, promis à être Roi, à son tour. J'ai croisé tellement d'hommes anéantis par la guerre, par les atrocités sur les pauvres villageois innocents, des villageois comme moi maintenant qui ne demande qu'à cultiver et élever. Mes enfants feront de même je l'espére. Il ne suffit pas de comprendre les sculptures des palais pour comprendre le monde qui nous entoure, il me suffit de parler aux gens qui sont autour de moi. Certains reviennent de la guerre, d'autres reviennent des mines d'argent, de fer ou de bronze quand elles sont épuisé et eux aussi sont très épuisé. Ils sont à nouveau déporté vers d'autres villes, d'autres mines, jusqu'à leur mort. Beaucoup sont meurtries des guerres et du travail. Ma vieillesse m'a au moins appris la sagesse d'écouter les autres et de ressentir leurs souffrances pour mieux les comprendre. Ma famille et mes amis au village sont las des souffrances de l'Homme, ils choisissent le travail dans les champs, payent leurs tributs au Roi et vivent sans crainte et sans peur de l'ennemi.
- Penses tu que les ennemis peuvent revenir se venger ?
- C'est sûr. Le peuple assyrien a participé depuis le début du régne de Tiglath Phalazar III à d'innombrables massacres dans les toutes les provinces autour de l'Assyrie qui ne voulaient pas se soumettre au Roi. Même si les peuples ont étés déssiminés dans tout l'empire, comme je l'ai été, les racines de la fleur n'ont pas étés détruites. Une colére va pousser, une haine, une violence vont s'emparer de ces peuples qui vont s'oragniser en tribus, en villages, puis en armées pour reconquérir leurs terres volées. La colére va s'abattre sur les soldats assyriens. Depuis la mort de Nabonassar, l'ancien Roi de Babylone, tué par les armées assyriennes dont je faisais parti, la Babylonie ne pense qu'à se venger. Par ici, on entend souvent les histoires des guerres qui se passent à Babylone. Mérodach Baladan II, n'a que faire des menaces du Roi assyrien. Ce qu'il veut, c'est retrouvait son trône, comme avant.
- Et tous les peuples sont dans ce cas ?
- Bien sûr. Ces peuples payent des tributs beaucoup plus élevés que nous, ils ne mangent pas comme il le souhaite, les aliments sont réquisitionnés pour nourrir les armées. La pauvreté soumet les hommes et les femmes dans des conditions qu'ils ne peuvent plus supportés, mais qu'ils subissent de toute façon, car ils n'ont plus la force de se battre, ni les moyens de se battre. En réduisant ces peuples dans le plus grand désarroi, les peuples deviennent soumis et la haine et la révolte risquent de frapper fort. La vengeance est dans le regard de nombreux jeunes ici.Le Roi ne s'interresse pas aux hommes et aux femmes qui travaillent dans les champs, ce qu'il veut, c'est l'or et l'argent, toutes les richesses d'un Roi vaincu.
- Je cherche à aller à Babylone, quelle route me conseilles tu ?
- Je ne te conseille pas d'aller là-bas. La route est semée d'embûches. Tu risques de mourir avant d'arriver à Babylone. Les guerres civiles et les maladies sont nombreuses et meurtrières, cela ne sert à rien d'aller là-bas. Pourquoi veux tu y aller. Il n'y a que les armées qui vont là-bas et les commerçants.
- Je suis un voyageur qui désire parcourir le monde et voir des milliers de choses.
- Tu ne trouveras que la mort et la corruption. En plus, la route est longue mon ami. Tu en auras pour plusieurs mois de route. Il n'y a rien à voir en plus.
- Tu ne veux toujours me conseiller une route, la moins dangereuse ?
- Je ne veux pas être responsable de ta mort, mais si tu insistes, il te faut longer le Tigre vers le Sud jusqu'au croisement des fleuves Diyala et Tigre et partir vers l'Ouest rattraper l'Euphrate puis le longer vers le Sud et tu arriveras à Babylone, enfin je l'espère pour toi.
- Je te remercie l'ami pour ces quelques conseils, mais je te pose une dernière question et te laisserait à tes occupations royales. Quand auront lieu les festivités de l'inauguration du palais de Khorsabad ? J'imagine que les fêtes assyriennes sont grandioses et majestueuses. Quand sont elles ?
- Je crois que cela est prévu pour dans quelques jours. Il devait inaugurer le bateau...
- Ah oui, le bateau, je fais parti de ceux qui l'ont construit avec des milliers d'autres hommes. Je suis sculpteur sur bois. Nous avons travaillé des mois sur ce bateau. J'ai hâte de le voir voguer sur les fleuves !
- Pourtant, mon bon ami, tu ne verras rien, tu n'es pas au courant que le bateau a sombré...
- Le bateau a sombré ! s'étonna Cinza. Ce n'est pas possible !
- J'en suis désolé, le bateau est couché sur la coque prés de Kishmira, le village derrière la colline Hassur vers là-bas, dit le vieux en montrant une montagne au loin.
Avec uniquement une petite forêt en guise de chapeau, tout le reste de la montagne avait été décimé, rasé, déforesté, les animaux et les cultures avaient remplacés la forêt, cette prairie insolite avec son chapeau d'arbres donnait un contraste intriguant. La terre de la prairie autour de la cîme de la montagne était marron clair et peu verdoyante, des éboulements de terrain avaient creusé des fosses et des crevasses, l'eau qui ruisselait de la montagne creusait aussi des versants et des rivières. Le sol avait l'air en mauvaise santé. Alors que la cîme était verdoyante, des brousailles avaient envahis le sol autour des arbres, on pouvait voir le vent emportant la poussière autour de la montagne. Intrigué, Cinza demanda au vieux des explications sur cette montagne. Le vieux lui appris qu'avant, la forêt recouvrait totalement la montagne, mais la necessité en bois pour la construction des maisons, le chauffage ou encore la fabrique des armes avait obligés les bucherons de couper une partie de la forêt. Ils ne laissérent que la cîme comme...pour faire joli, comme l'affirma le vieil homme.
- Depuis, ils ont mis les bêtes, mais il n'y a plus d'herbe, et pourtant la rivière Khosr est juste derrière la montagne. Le bateau échoué aussi, rajouta le vieil homme. Tu peux aller voir.
- Cette histoire est incroyable. Je suis parti à Khorsabad quelques jours, en espérant voir arriver le bateau qui avait disparu du port de Ninive. Et voilà que le bateau n'existe plus. Comment s'est il échoué ?
- Je ne sais pas, il n'y avait pas assez d'eau dans la rivière, la coque du bateau a touché le lit de la rivière. Comment veux tu que je le sache, va voir par toi même. Les Dieux le voulaient ainsi, les mauvais présages vont rendre le Roi, fou de rage.
- Très bien j'irai voir ce que tu me dis, mais je reste stupéfait par cette catastrophe. Nous avons mis des mois pour construire ce bateau. Tout le travail est maintenant détruit. Pourtant la nuit va bientôt tombé et je ne suis pas encore arrivé à Ninive et je n'ai pas où couché.
- Et bien l'ami, voilà ce qui arrive quand l'on veux trop jouir de sa liberté, on ne sais plus où dormir. Enfin, je te propose de nous aider à amener ces bêtes à grandes fermes de Karashtu et je t'offrierais de la nourriture ce soir et un toit pour dormir. Mais demain, tu devras partir à l'aube, car ma famille est bien assez nombreuse comme cela.
- Je te remercie bien vieil homme et accepte ton invitation avec honneur.
- Oui, bien sûr, pour le moment, il faut ramener le bétail, alors ne restons pas ici.
Le vieil homme donna quelques ordres à ces compagnons dans un langage que Cinza ne comprit pas. Le vieux parlait bien sûr un dialecte de l'Urartu, son pays d'origine. Le Roi et les membres qui exerçaient son autorité étaient contre les autres langues que celle parlée par le Roi lui même. Les gens de la terre avaient gardés leur langue natal comme une sorte d'affront ou de rebellion contre le pouvoir. Ils se seraient bien tût devant un soldat, mais entre eux, leur langue perdurait. Chaque groupe pauvre ou riche avaient besoin d'un même dialecte pour se comprendre, malheureusement, il répudie souvent les membres des autres groupes parlant d'autres dialectes. Le Roi assyrien avait donc déportés les populations et ainsi mélangés tous les types de populations et de peuples, peut importait le rang social. Le mélange permettait selon le Roi à combattre les complots et les alliances autour de lui. Les populations se sentaient seules et isolées, mélangées et retirées de leur destin sur leurs terres pour survivre sur d'autres terres inconnus, loin de leur famille. Pour les déportés qui retrouvaient des membres de leur tribu, de leur peuple ou de leur cité, leur dialecte natal leur apportait un espoir de se réconcilier avec les leurs contre la terreur qu'exerçait le Roi sur leurs frères et les soeurs dnas des contrées lointaines. Chaque dialecte est une sorte de reconnaissance à un groupe. Cela peut conduire à la création de nouveau clan, qui finissent par se detester entre eux. Cinza croyait que c'était pour cela aussi que les armées assyriennes s'étaient élevés contre le Roi de Tyr, parce qu'ils ne parlaient pas la même langue. Il savait aussi que ce n'était pas la seule raison. La ville de Tyr avait été assiégé pendant des temps très longs. C'est ainsi qu'une haine profonde s'était installé entre les deux groupes. Mais les armées assyriennes, plus nombreuses, plus brutales et plus fortes avaient conquis le pays de Cinza et tué des milliers de personnes. Les survivants de son pays ne vivaient que pour payer un tribut au Roi d'Assyrie. Le père de Cinza était un de ceux qui avait levé les armes contre les armées ennemies, et ne faisant pas parti de la classe dirigeante, en bon agriculteur et commerçant qu'il était, il s'était battu pour défendre sa terre et sa famille. Ou qu'elle se trouve, chez lui ou ici, la misère que Cinza avait vu, était la même. Elle était injuste, incompréhensive et soumise à la volonté de quelques hommes.
Après avoir déchargé le bétail pour le compte de Karashtu, les quelques hommes reprirent chacun le chemin de leur maison avant que le soleil ne disparaisse derrière les collines de Mossul, que l'on pouvait apercevoir au loin. Cinza accompagna le vieil homme, ses deux fils et son neveu chez eux. Ils vivaient sur le flanc d'une colline orienté vers Khorsabad. Ils vivaient ici à douze personnes. En s'approchant de la maison, le vieil homme raconta une partie de l'histoire de sa vie. Leurs maisons étaient assez grandes pour offrir plusieurs pièces vivables. Le vieil homme aimait cette maison qu'il avait construit avec son frère, avant que celui ci ne soit pris de folie et de haine et ne soit parti à la guerre. Il n'avait jamais revu son frère.
Dans ce pays, seul les offrandes aux Dieux et au Roi leur offraient un espoir de vie plus heureuse. Cinza avait bien remarqué, comme chez lui à Tyr, que dans les cités, à l'abri des ennemies, la misére n'était pas présente partout. Chaque quartier abritait des populations diverses et de rang social différent. Près de Khorsabad, les grandes maisons des hauts dignitaires étaient cachés par haut et long mur de briquettes. Cinza avait difficilement pu voir l'interieur de ses maisons au luxe incomparable aux maisons des autres quartiers près du port. Les riches de cette ville avait de nombreuses richesses à protèger et ne voulait partager leur richesse qu'avec d'autres dignitaires de même rang. Cinza avait le sentiment que les hauts dignitaires ne vivaient pas l'un avec les autres mais les uns contre les autres. Les uniques personnes pouvant entrer dans leur domaine, n'étaient que des gens qui leur apporter des choses et des pensées intéressées. Les ruelles de Khorsabad étaient souvent déserte. Chacun restait chez soi, tandis que le quartier du port de Ninive était plus animé et plus populaire. Chacun vivait avec les autres au milieu d'une communauté, d'une identité, d'une même culture, la culture du partage. Les personnes qui habitaient dans ces quartiers n'avaient pas de grandes richesses, mais ce qu'ils avaient, ils le partageaient fiérement avec leurs compagnons, leurs amis, leurs familles d'infortune.
A Khorsabad, certains hommes et certaines femmes avaient une allure élégante et bien soignée. La propreté de leur visage et la beauté de leur long cheveux noirs huilés leur donnaient une apparence qui effaçait leur esprit. Les parures de vétements et de bijoux faisait comprendre aux autres leur importance dans la cité. Ces personnes avaient acquis ou conquis un pouvoir qui leur permettait d'avoir des habitudes différentes des autres. Leurs manières étaient appréciés par ceux qui savaient les conquérir. Les commerçants, intéressés par leur fortune, savaient comment leur parler, connaissaient les mots flattant leur personne. Cinza pensait trouver un peuple différent du sien, mais comprenait que les hommes et les femmes restaient eux mêmes ou qu'ils se trouvent. Son importance au sein du pouvoir royale, les droits et les chances accordaient aux hauts dignitaires du pouvoir ou à certaines personnes servant de près le Roi, leur permettaient d'exercer une crainte sur les populations qu'ils contrôlaient. La beauté des hommes et des femmes, toujours vêtis de manière somptueuse et délicate, ce qui rendait les gens autour d'eux plus envieux. A leur tour, chacun cherchait à obtenir cette élégance et faire comme les hauts responsables et leurs familles, s'orner de bijoux et de vêtements plus radieux que les autres, et ainsi montrait aux autres de quel rang social on appartenait.
Cinza, le vieil homme arrivèrent enfin à la maison. C'était une maison basse en argile, entourée d'une palmeraie qui apportait l'ombre et la fraîcheur pour cultiver au sol des plantations maraichères. Derrière la maison, un enclos et une cabane abritait une diversité d'animaux domestiques qui servait de nourriture à cette petite famille qui vivait ici paisiblement, loin de la capitale, même si l'on pouvait voir au loin Khorsabad et son immense et majestueux palais du Roi sur lequel les ouvriers finissaient la construction. Le vieil homme raconta qu'avant le début de la construction du palais, ici s'étendait des palmeraies au milieu de la plaine et du désert. Il n'y avait ni ville, ni palais. Les quelques paysans qui y vivaient, ont été déporté vers Ninive. Aucunes nouvelles terres ne leur ont été attribué. Il en était ainsi pour chaque nouvelle construction. Quand le Roi avait décidé de construire un temple, un palais ou des canaux d'irriguation, sa volonté était exaucée sans que rien ne puisse entraver ses projets. Chaque construction était considéré comme une necessité pour le peuple et montrait aux ennemies la puissance de l'empire assyrien. Le pouvoir devait briller le plus loin possible avec le consentement des Dieux. Ces constructions légitimaient aussi le pouvoir du Roi. Face à cette légitimité, la peur du Roi remplaçait le respect au Roi. Si vous ne serviez pas les intéréts du Roi, celui ci pouvait vous anéantir, vous déporter. Il avait le pouvoir suprême sur tous ses sujets. Des fêtes et des offrandes étaient aisni necessaire pour que le peuple offre sa confiance au Roi, son respect, sa crainte. Les fêtes permettaient au peuple de se rassembler autour du même prophète, au messager des Dieux sur la terre. En échange, le Roi devait protéger son peuple en faisant la guerre et remercier les Dieux en construisant d'immenses temples et des ziggourats voulant toucher le ciel.
Au pied de cette sombre masure, Cinza ne pouvait s'empêcher de comparer les hommes et leurs conditions. Devant lui, s'attablait toute une famille de paysan, au regard profond mais qui n'avait pas vraiment de but autre que celui de vivre en paix, d'élever une famille et de partager ensemble les rares moments de fêtes que la ville pouvait apporter. Le vieil homme fit l'éloge de la modeste position qu'il occupait au sein de cet empire. Le vieil homme ne demande rien d'autres. Il montre à Cinza sa fierté d'habiter ici et de vivre ainsi. Devant sa maison, le vieil homme admire le paysage si verdoyant parfois et si désertique quand on s'écarte des villes. Au loin, l'agitation et le bruit se faisait de plus en plus sourd au fur et à meure que le sooleil se caché derriére les collines de l'Ouest, bien loin après Ninive et ses habitants. Cinza raconta au vieil homme qu'il venait sans doute d'aussi loin. Son pays était à l'Ouest, après les déserts et les fleuves quand arrive la mer et ses activités si propres au pays de Cinza. Le vieil homme et sa famille écoutérent le récit de Cinza, les aventures qui lui arrivérent durant son voyage jusqu'ici. Le vieil homme donna une galette de blé à Cinza, qui la dévora avant de continuer son histoire. Même si la famille du vieil homme ne comprenait pas tout ce que racontait Cinza, les gestes et le ton suffisait à la compréhension de ses péripéties. Cinza évoqua ses doutes quand à la suite de son voyage. Il pensait à partir pour la Babylonie mais encore une fois, on essaya de lui faire revenir à la raison. Les embûches peuvent facilement arrivé sur la longue route qui méne jusqu'à Babylone. Cinza essayait de se convaincre par ses propres arguments d'y aller quand même, malgré le danger. Il était borné comme son père. Tel un vieux qui se répéte, la route lui était encore expliqué par le vieil homme. Le destin de Cinza lui importait peu en fin de compte. Sa venue dans cette maison n'était que pour se changer de la vie de tous les jours. Les récits des voyageurs ont toujours quelque chose d'enfantins, on écoute car la famille avait l'impression d'écouter un récit unique, qu'ils n'avaient jamais entendu. C'est ainsi qu'un petit garçon, surêment le petit fils du vieux, d'à peine neuf ans remercia Cinza pour son histoire, cela allait lui permettre de faire de nouveaux et jolies rêves. Les enfants avaient du mal à rêver d'autres choses que ce qu'ils connaissaient, ce qu'ils avaient déjà vus. La simple description de la mer, de ses remous, ses vagues, son bruit si fin et si unique suffisait à satisfaire l'imagination des enfants. Cette nuit, ils rêveraient de la mer qu'ils n'ont jamais vu, mais qu'à présent ils imaginent avec des mots et des images. Leurs yeux brillaient dans la lueur de la bougie. Il était temps de coucher ses enfants, qui commençaient à s'endormir sur la table. Quand la bougie se mit à s'éteindre, Cinza alla se coucher, comme il était convenu dans l'étable, sur la paille fraîche et humide. La pleine lune fit un passage entre les trous de la toiture et effleura les yeux de Cinza avant qu'il ne s'endorme à son tour.