Ceci est le récit d’un voyageur phénicien en Mésopotamie, région du Moyen-Orient situé dans l’actuel Irak, entre les fleuves sacrés que sont le Tigre et l’Euphrate. Les textes écrit en cunéiformes ont été retrouvés lors des fouilles archéologiques organisées en 1935 par la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG) dont le directeur des recherches était Rodolph Kaldimann, sur des tablettes d’argile prés de la grande bibliothèque de Ninive construite par Sargon II à la fin du VIIIéme siècle av. JC.
Chapitre 3
Cinza se retrouva donc devant le Palais Dour-sharroukên. En ce début d’après-midi, le soleil brillait toujours aussi fort et illuminé la place de milles lumières par réflexion des rayons sur le marbre reluisant. Cette ville était décidément toute neuve, puisqu’il appris dans les couloirs du palais que la ville serait inauguré prochainement. Cinza se devait de participer aux festivités afin de mieux apprendre et mieux comprendre cette culture si différente de la sienne, car Cinza savait bien que c’était en comprenant mieux les cultures, qu’un jour, il deviendrait plus tolérant et plus respectueux.
Pendant les conquêtes sur les terres lointaines, les Rois se sont mis à déporté les populations surtout vers l’Assyrie mais aussi de région en région. Les milliers de déportés que les Rois ramenaient de leurs conquêtes devaient avoir les mêmes interrogations que Cinza. Souvent la langue parlée n’était pas la même. Les étrangers devaient faire preuves d’intégration et s’acclimater aux coutumes locales. A Tyr, Cinza avait appris quelques notions d’akkadien, la langue se rapprochant le plus de celle parlée à Ninive. Mais les barrières culturelles qu’engendrait la vue d’un étranger le firent réfléchir quelques instants sur son attitude à adopter. Cinza aimait être apprécié sans jamais décevoir quelqu’un. Le fait d’avoir quitter son pays lui fit penser aux déportés qui eux n’avaient pas eux le choix de leur destinée. Cinza, lui, avait délibérément décidé de sa destinée.
Les déportations volontaires avaient pour but de brasser les populations, afin de mieux dominer les peuples vaincus. La ville de Khorsabad avait aussi accueillis des déportés de différents peuples, tels que des babyloniens, araméens ou manéens. Plusieurs langues étaient parlées dans cette ville aussi. Les déportés étaient tout de même traités comme des sujets assyriens, sur le plan de la justice mais aussi au niveau de leur intégration dans la vie en communauté. On envoyait des milliers de personnes dans des déserts au milieu de ruine pour reconstruire la ville. Les guerres et le temps avaient fait de ces villes, un vaste amont de poussière et des briques cassées. On pouvait reconnaître ça et là quelques édifices, on pouvait au moins les imaginer. Les déportations avaient donc aussi un rôle économique, puisque ces nouvelles villes redevenaient des points de passage pour les caravanes et devait permettre d’acquérir de nombreuses richesses pour les peuples conquérants. Les villes choisies étaient préférées de part leur richesse en métal. On optait plus facilement pour une ville aux carrières imposantes qu’une simple bourgade dénuée de ressources. Le choix était étudié par les hauts commandants en chef de l’armée, ainsi que des conseillers du Roi spécialisés dans le commerce.
Malheureusement, les déportés devinrent bientôt qu’un simple butin qui devait servir le Roi où étaient attribué aux nobles. Ils avaient perdus toute liberté de vivre parmi le peuple assyrien. Les villes avaient sans cesse besoin de main d’œuvre pour fortifier les remparts, construire des temples ou des palais, ou bien cultiver la terre et construire les canaux d’irrigation. Alors si la main d’œuvre pouvait être moins cher voire inexistante, le Roi ne s’en privait certainement pas.
Cinza découvrait de nombreux et nouveaux matériaux qu’il ne connaissait pas dans son pays. Le peuple assyrien devait être un peuple riche car les collines et les déserts qu’il avait traversés ne lui avaient pas laissé présager une richesse pareille. Les terres de l’Assyrie sont principalement utilisés pour l’agriculture, l’artisanat ou l’élevage, ainsi les matériaux plus précieux qu’ils manquaient sur cette terre étaient en fait importés des territoires conquis par le Roi Sargon II, à l’Est, à l’Ouest, au Nord et au Sud. Le Roi se sentait sans cesse menacé par les autres peuples qui entourait son Royaume. Babylone était une de ces provinces qui tenait tête à l’hégémonique Assyrie. Les Rois assyriens essayaient régulièrement d’installer un membre de la famille royale sur le trône de Babylone, mais celui-ci était toujours chassé par les armées babyloniennes. Quand c’était le cas, le Roi attaquait encore et encore la Babylonie. Le peuple de l’Elam à l’est de Babylone, soutenait depuis longtemps Babylone qui était mené en ces temps par le cruel Mérodach-Baladan II. Ce chaldéen de Bit-Yakin était sur le trône depuis de nombreuses années, mais Sargon II l’avait délogé il y a quelques temps. Mérodach-Baladan II s’était une nouvelle fois caché dans les marais du Sud avant de fuir comme un lâche en Elam. Pour l’heure, les deux peuples étaient en paix, puisque un membre de la famille royale était sur le trône, mais son poste était fortement menacé de jours en jours.
Les armées assyriennes étendaient fréquemment les limites des frontières. Ils attaquaient toutes les villes susceptible de leur apportait richesses, pouvoir et soumission des peuples conquis. Malgré l’acharnement toujours violent des assyriens à faire la guerre, les campagnes militaires du Roi ne pouvaient se déclencher si facilement. La mise en place d’un rituel devait avoir lieu parfois fort long, décrivant des prières pénitentielles, des rites de purification de la part du Roi ainsi que du peuple assyrien. Après ceci, des moutons devaient être sacrifiés, afin de consulter les oracles. Si ces derniers étaient mauvais, on ne pouvait déclarer la guerre. Pour cela, le pays devait être en harmonie avec les Dieux, dans un état d’esprit purifié, débarrassé de forces maléfiques, car pour avoir la victoire, le Roi agissait comme le seul et unique défenseur du bien contre le chaos. Une guerre devait toujours être justifiée comme la réponse à une agression, parfois simplement comme la réplique à un certain nombre de signes hostiles et dangereux pour le pays. La guerre était toujours présentée comme un commandement divin, jamais comme une agression militaire, et c’était le devoir du Roi que de chasser et d’éliminer les forces du chaos. Il se devait d’être vigilant. La meilleure défense restait quand même l’attaque et les butins perçus par ces conquêtes suffisaient largement au Roi le pouvoir et les moyens de construire sur ces terres les immenses palais et temples en son honneur. Il fêtait son triomphe en paradant dans les grandes villes, faisant partager sa victoire avec le peuple. Tout ceci le glorifier un peu plus. Le Roi imposait son autorité et si les peuples soumis n’accepter pas cette domination, ils étaient exterminés sans ménagement. Les villes et les champs étaient détruits. Leur seule chance de survie était d’être dominés et ils étaient obligés de donner leurs récoltes et leurs métaux durement extraits aux gouverneurs de chaque cité-état ou province. Les assyriens pillés l’or, le cuivre, l’étain, l’argent, voire le fer selon les régions. Le Roi avait la main mise sur ce trafic. Les intérêts qu’il en tirait étaient très importants. Il permettait aux assyriens de développer leur civilisation. L’ébénisterie, la joaillerie, et divers autres commerces entretenus par les négociants faisaient de l’Assyrie un pays riche et développé.
L’armée assyrienne était avant tout une armée de conquête. Elle est entretenue par des corps bien spécialisé et par la répétition annuelle de nouvelles campagnes militaires. Le recrutement se faisait parmi la paysannerie assyrienne qui doit au Roi un service militaire, l’ilku. Ce recrutement se fait sous la responsabilité de la noblesse et des autorités administratives locales, qui suivent les directives du Roi. Une certaine hiérarchie est respectée parmi les hommes qui sont rassemblés par mille formant des unités tactiques. Les campagnes militaires était aussi assuré par le recrutement des diverses populations déportés et enrôler comme les araméens ou les chaldéens qui renforçaient l’armée grâce à des cavaliers et des chars. Ces troupes royales se conduisaient sous l’égide des Dieux. On utilisait aussi l’action de tribus nomades comme les Ituéens qui servaient à renforcer les garnisons en effectuant des missions ponctuelles dans divers endroits de l’empire. Un général en chef était nommé par le Roi, mais la constante puissance de ce dernier menacé le Roi qui référa dédoubler la fonction pour calmer d’éventuelles ambitions.
Le Roi maintenait dans ses provinces une certaine politique de terreur. Cinza fut témoin de ces quelques faits. Les armées assyriennes procédaient à des mutilations collectives ou à des supplices spectaculaires. Les prisonniers étaient empalés ou écorchés vifs à la vue des habitants et suspendus aux murs des villes qui étaient ensuite brûlées avec leurs habitants. Les soldats coupaient les membres de leurs adversaires en guise de trophées. Cinza avait rarement vécu des temps de guerre sur les terres. Tyr était une ville bien fortifié et avait connu plusieurs siéges parfois très longs par les armées assyriennes. Mais la violence de ces guerres que l’on ne voit pas faisait à nouveau frissonné Cinza. Il préféra penser aux jardins de la ville plutôt qu’aux déchaînements barbares des Hommes.
Le palais Dour-Sharroukên était situé à quelques distances de Ninive, au Nord-Est. Le Roi Sargon avait construit ce temple afin de créer sa nouvelle capitale, ses ancêtres préférant Kalhu au Sud de Ninive. Il choisit de l’établir dans un site presque inhabité, au pied du Mont Musri et de ses sources, à proximité du cours de la rivière Khosr, sur le territoire d’une bourgade appelée Magganuba, dont les habitants furent expropriés. Ils reçurent une compensation en argent et en bronze et furent réinstallés dans le district de Ninive. Ils furent acquittés d’une faveur royale qui consistait en la donation du Roi de terres provenant de domaines royaux. Ils pouvaient être exemptés de taxes et de corvées sur ces terres. Les travaux de la ville qui avaient durés sept années avaient nécessité de lourds besoins humains et matériels. Le temple avait été construit par les esclaves déportés de force des territoires conquis. L’énorme butin réalisé par le Roi Sargon lors de sa campagne contre le Musasir et l’Urartu au Nord permettait de couvrir une grande partie des besoins. Tous les gouverneurs de provinces furent astreints à fournir matériaux et main d’œuvre. Ainsi, la muraille de la ville fut divisé en secteurs, attribués chacun à un gouverneur chargé de sa construction.
Les matériaux les plus précieux constituaient les murs du Palais et des temples dédiés aux Dieux. Les poutres et les vantaux de portes étaient en cèdre de Byblos, mais on utilisa aussi l’ébène, le buis, le cyprès, le pistachier, le sapin. Les portes de la ville, du Palais et des temples étaient ornées de taureaux ailés colossaux. Ils avaient été amenés par le Tigre à quelques distances du Palais, et avaient étés taillés dans la roche au Nord de l’Assyrie. Certains taureaux mesuraient quatre mètres de hauteur et pesant plus de trente tonnes. Le bas des murs était revêtu de bas-reliefs muraux représentant les conquêtes du Roi, la vie de la ville et des écrits religieux. Le Palais représentait la force du Roi, il avait le pouvoir de créer des villes rien que pour lui avec la bénédiction des Dieux.
La construction des palais relevait de l’idéologie royale. Il s’impliquait directement dans les travaux. Les édifices étaient destinés à demeurer à la postérité
Cinza admirait le Palais en essayant de déchiffrer les bas-reliefs écrits en cunéiformes. Autour du Palais, l’agitation était à son comble, car même si les alentours du Palais paraissait plutôt aisé, le commerce, le transport des marchandises encombraient les rues d’un bruit long et assourdissant.
Quelques villageois furent impressionnés par la stature de Cinza. Son allure aspirait confiance auprès des villageois. La rumeur de la sagesse de Cinza avait circulé rapidement autour du Palais. Plusieurs villageois s’approchèrent et le félicitèrent pour sa victoire contre la justice. Le peuple appréciait les hommes qui oser se battre contre le pouvoir en place. Le peuple se cachait volontiers derrière des meneurs, qui pouvaient les guider. Le Roi était censé répondre à ce besoin, mais celui-ci avait d’autres soucis comme son expansion territoriale ou encore les rituels religieux. Le Roi Sargon maintenait les privilèges aux personnes fortunés qui dirigé le pays avec lui. Les pauvres ne pouvaient compter que sur eux-même. Le royaume comptait aussi sur le travail de ses habitants. Le peuple mourrait petit à petit, il survivait dans un univers de richesses. Car le royaume était très riche et le Roi maintenait le peuple aussi faible qu’il le méritait. Même si les villageois vivaient dans un environnement qu’ils avaient toujours connus, Cinza, lui avait la chance de devenir important aux yeux du pouvoir et pouvait découvrir cette nouvelle culture. Mais ce peuple n’avait aucun droit, aucun privilège, les différences s’aggravaient. La faiblesse des villageois ne laissait présager aucunes revendications, aucuns mécontentements. Le peuple était bien sûr trop occupé à cultiver les pauvres terres irriguées que les Dieux et le Roi avait bien voulu irriguer. Il ne pouvait donc pas se révolter et cela révoltait Cinza. La culture de l’orge et les palmeraies de dattiers offraient un immense paysage agricole autour des villes, au quadrillage quasi parfait par rapport aux rives du Khosr.
Cinza se souvint alors d’une histoire que lui avait raconté un vieil homme durant son voyage. La scène devait se passer vers Harran. Là-bas, un village entier avait disparu laissant derrière lui les fondations, les temples, les habitations en désordre. Cinza avait déjà vu auparavant de nombreux villages détruits par les conquêtes dévastatrices du Roi. Pourtant d’après le vieillard, cela faisait plusieurs années que les villageois avait fuit ce village. Ils avaient fuis et n’avaient pas été exterminés. Le désert et son sable envahissant avaient conquis de nombreuses ruelles, mais les monuments étaient restés en très bon état. Cinza demanda alors ce qu’il était advenu des villageois. Le vieil homme qui habitait le village jadis, lui expliqua que le gouverneur qui régnait ici était un tyran. Il persécutait les pauvres, pillés les plus démunis, envoyé son armée dés qu’un conflit se présentait. Les opposants n’avaient point la parole, et ce contexte se passant de générations en générations, l’opposition se fit de moins en moins présente. La peur d’être arrêté et emprisonné n’était pas innocente à ces conséquences. Les violences les plus atroces ont été perpétuées dans ce village. Le village avait pourtant de grandes richesses, car la ville était un lieu de passage pour les caravanes et les commerçants de la région. Les révoltes des paysans s’accentuaient. Les minerais des collines avoisinantes avaient aussi fait la richesse de la ville. Dans tous les pays alentour, on se servait de leur fer pour la fonderie, de leur poteries pour le transport de denrées, de leur bronze et de leur pierre pour construire des palais ou des temples dédiés aux Dieux, de leur marbre pour décorer les maisons, tout ces minerais étant introuvables sur les autres terres. Les richesses de cette ville apportaient le développement dans toute la région, elle était le cœur vital sans pour autant être le centre de l’empire. Cette cité-état n’était qu’une province et les chances d’une autonomie et d’une vie autarcique étaient peines perdues. Quand les révoltes devinrent trop violentes, puis quand les ressources de minerais commencèrent à faire défaut, le gouverneur, las de tuer les rebelles, se mit à fuir le village laissant les villageois dans le plus grand désarroi. Les grands commerçants, les propriétaires terriens firent de même. Les villageois survécurent quelques mois, mais le manque de moyens pour survivre leur faisait défaut. Il n’avait point de monnaies d’échanges, toutes les installations, les infrastructures périrent en même temps que toutes les richesses partaient avec les dirigeants. Beaucoup de villageois moururent, les autres, préférant fuir à leur tour et rejoignant d’autres villages, retournèrent à leur survie la plus précaire.
Il n’y avait rien à en conclure. Quand les hommes ne seront plus sur cette terre, la nature demeurera.
Cinza compris que la vie n’était pas facile pour les pauvres et qu’ils comprenaient que les riches ne veuillent perdre leurs privilèges. Un juste milieu n’était-il pas négociable ? L’injustice dans ce pays régnait à tous les niveaux.
Cinza se remit à marcher le long d’un mur blanc qui cachait une immense villa. L’avenir du royaume devait se décider dans cette maison, se dit alors Cinza. En effet, en construisant sa capitale autour du Palais Dour-Sharroukên, le Roi Sargon avait fait venir ses meilleurs conseils, les notables et les décideurs. Le Palais nécessitant une forte main d’œuvre avait obligé de nombreux habitants non notables à venir s’installer aux alentours, et une nouvelle ville était née. Cette capitale se voulait être la plus belle du Royaume, ainsi les pauvres qui s’étaient installés dans la ville durent partir à Ninive, car les habitations furent démolies une par une afin de construire de grands et beaux jardins en terrasses.
Toujours accompagné de son dromadaire, il retourna près de Ninive. Dans toutes les villes de la Mésopotamie, tout se vendait et tout s’achetait. Si bien que sur les marchés de la ville, on trouvait toutes sortes de marchandises, des poteries, des légumes, de l’orge, du maïs, des dattes et d’autres fruits, des pierres, des blocs d’argile, diverses ustensiles de la vie de tous les jours, des bœufs, des moutons et enfin du lait. Sur les marchés les plus aisés se trouvaient des joyaux et des pierres précieuses et des statues de marbre ou de bronze. Tous les métiers étaient ainsi représentés tels que les paysans, les jardiniers, éleveurs, chasseurs et pêcheurs, briquetiers, tailleurs de pierres et joailliers, fondeurs, et travailleurs de métaux et orfèvres, corroyeurs, menuisiers et ébénistes, roseliers, fabricateurs des étoffes, brasseurs, parfumeurs… La vie y était cher si bien qu’il fallut mieux se loger à meilleur prix en face de Ninive, dans des zones d’habitations plus pauvres ou plus rurales, dans le village de Mossul.
La plupart des installations, des champs et du matériel agricoles appartenaient à de grands propriétaires terriens, qui amassaient le pouvoir et la fortune en vendant ses récoltes aux plus riches ou aux autres villes.
Cinza voulut trouver une modeste auberge afin de rester quelques temps à Ninive. Il avait envie de découvrir la culture de ce peuple. Le lendemain, Cinza retourna prés du Palais car il pensait à juste titre que c’était l’endroit qui lui semblait le plus riche en monuments. En arrivant de nouveau devant le palais Dour-Sharroukên, il se mit à examiner tous les bas-reliefs qui ornaient les murs. Ils représentaient des scènes de vie du Palais, des scènes de guerre du Roi Sargon II. Ces gravures étaient effectuées sur divers matériaux tels de l’ébène, le diorite, le marbre, l’argile et même le bronze. Les bas-reliefs évoquant la guerre montraient les équipées sauvages dirigées par le Roi. Sur les gravures, Sargon II était toujours droit et franc, souvent avec un signe religieux, un visage de profil avec de grands yeux et une barbe longue et frisée. Sur les murs Ouest, les gravures dans l’albâtre montraient les armées assyriennes poursuivrent des arabes, montés à dromadaires et pauvrement armés. Le Roi Sargon était muni de lances et d’arcs bien plus puissants, et protégés par des boucliers, qui assuraient leur supériorité. Ces reliefs donnent une idée des guerres de soumission et de conquêtes par assaut de villes fortifiés ou dans les marais et roselières du Sud du pays. De nombreux reliefs désignaient clairement la raison d’être des guerres. Le butin, la richesse, les matières premières étaient majeures, mais ces gravures représentaient aussi la déportation forcée de nombreuses populations soumises, contraintes de quitter leur pays. Un peu comme Cinza l’avait fait, mais lui pour des raisons culturelles et commerciales. Il visita les plus beaux édifices de la ville, se cultivant un peu plus, regardant les scribes travaillaient et les graveurs taillés les différentes roches selon des directives bien contrôlées.
Après quelques visites fortes enrichissantes, un homme accosta Cinza.
« Je me prénomme Bethsean, tu es bien Cinza. » lui lança l’homme.
Cinza fut agréablement surpris que quelqu’un le connaisse dans cette ville si grande et dans ce pays si lointain. Il lui demanda comment il savait son nom.
« Ne t’inquiètes pas, je suis un commerçant, et je t’ai vu hier au Palais. Je me demande encore comment tu as fait pour te libérer devant leur justice impartiale. »
Cinza lui répondit qu’il n’avait dit que la vérité et que ces paroles avaient bien été comprises par les juges. Bethsean l’amena dans une taverne sombre et animée dans le quartier sinistre et pauvre de la capitale. De nombreux villageois se désaltéraient volontiers dans ces échoppes de fortune. Bethsean expliqua à Cinza la dangerosité d’affronter la justice en ce pays. Lui même commerçant avait souvent fait face à la justice, mais sa condition privilégiée dans la cité lui sauvait la mise en alignant aux juges des offres à coup de sicle d’argent. Cinza ne compris pas tout de suite. Bethsean lui raconta quelques exemples de personnes sans utilité aucune, d’après les mots des juges, qui furent jugée sans ménagement en quelques fractions de secondes. Le plus simple pour ce genre de personnes était de se faire une raison : ils étaient déjà condamné avant d’être jugées. Cinza insista sur le fait que dans son pays, la justice est égale pour tout le monde.
« Je viens d’un pays qui a hérité du vôtre et nous a apporté l’écriture, les mathématiques, nous prônons la justice et l’équité afin de répandre une sagesse avisée aux populations. »
Bethsean lui répéta que la justice était tout autre par ici. Le Roi Sargon II imposait son pouvoir. Bethsean lui expliqua que les juges vivaient grâce et pour le Roi, leurs devoirs étaient sans failles. Le Roi avait besoin de toujours plus de fortune pour mener ses guerres. Cette situation insolite a provoqué un remaniement de la justice où les pauvres n’avaient aucune chance et les riches achetaient leurs défenses. C’est ainsi qu’en fonction du crime commis, la justice du Royaume imposait une certaine somme à donner à la justice sous entendu le Roi. La justice s’achetait pour les riches comme ils s’achetaient une villa, les pauvres ne s’achetaient pas leur liberté pour les mêmes raisons qu’ils ne pouvaient se fournir en besoin de subsistance. Cinza lui demanda si ce système était étendu dans toutes les provinces, mais Bethsean lui répondit que la justice se propageait lentement, mais elle se propageait.
Cinza s’indigna devant ses propos. Il resta abasourdi. Il ne put comprendre que dans cette empire, la justice ne réglait pas tous les conflits entre les hommes avec équité, impartialité et réciprocité, que certes la perfection ne pouvait être qu’approchable, mais cette administration confondait justice et vengeance, car nul ne pouvait être juge et partie car l’impartialité du juge n’est elle pas la base de la justice ? C’est être tyran que d’exercer la force sans la justice qui reste malgré tout impuissante sans la force. C’est être tyran que de condamner les hommes qui ne peuvent se défendre.