Ceci est le récit d’un voyageur phénicien en Mésopotamie, région du Moyen-Orient situé dans l’actuel Irak, entre les fleuves sacrés que sont le Tigre et l’Euphrate. Les textes écrit en cunéiformes ont été retrouvés lors des fouilles archéologiques organisées en 1935 par la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG) dont le directeur des recherches était Rodolph Kaldimann, sur des tablettes d’argile prés de la grande bibliothèque de Ninive construite par Sargon II à la fin du VIIIéme siècle av. JC.
Chapitre 1
Le 11 Siwän de la 14éme année du règne de Sargon II, fondateur de la dynastie des Sargonides.
Quand Cinza arrive au sommet de la colline, cela faisait déjà quelques heures qu’il la voyait, monté sur son dromadaire, car il venait de traverser une large étendue de sable au terrain très peu vallonné et très désertique, mais à la chaleur évanouissante. Par-dessus la colline, il aperçoit enfin au loin la ville de Ninive quelques centaines de mètres après le fleuve. Devant lui se présentait le village de Mossul.
Cette immense ville abritait sans doute des dizaines de milliers de personnes. La ville était entourée d’une longue muraille de plus de douze kilomètres, percée de nombreuses portes toutes dédiées aux dieux, afin de mieux contrôler et de taxer les passages des marchandises et des hommes. Personne ne pouvait entrer dans la ville sans se prémunir d’une certaine taxe selon les marchandises et le nombre de personnes qui entraient dans la ville. En regardant au loin la ville, Cinza voyait bien la prédominance architecturale assyrienne de quelques temples et palais grandioses encerclé de jardins à la floraison surprenante. Un arc en ciel de diverses couleurs faisait de ces jardins de magnifiques tableaux vus de la colline. Il est temps pour lui d’arriver dans cette capitale si redoutée à l’ouest. Cela va bientôt faire trois longues années que Cinza est parti de sa province natale tyrienne. Seulement fils de commerçant, il avait réussi à convaincre sa famille de partir vers l’Est. L’idée de partir vers l’Est était paradoxale, puisque le peuple tyrien dont il était issu, était un peuple très puissant sur les mers de la Méditerranée. Les conquêtes maritimes avaient fait de ce peuple du Levant, des hommes très riches. Homme d’instruction, Cinza n’avait point peur d’affronter les déserts, les palmeraies, les fleuves infranchissables mais aussi et surtout les guerres civiles, les brigands, les animaux sauvages. Tout ça lui été bien égale, car le destin l’attendait.
Ninive, la capitale de l’empire assyrien, représentait parfaitement l’authenticité des villes antiques de la Mésopotamie, bâties en pierre et en argile, le type de ville où le commerce était en grande expansion et permettait aux villes de devenir de véritable Etat soigneusement organisé et codé selon des usage millénaire. Béni des Dieux selon un rituel bien précis, en ce temps là, le grand Roi Sargon II était le prédestiné à régner sur les hommes. Il n’y avait point de preuves à démontrer. Le Roi était dévoué aux Dieux comme le peuple aussi se dévouait pour le Roi, mais surtout pour ces guerres hégémoniques. Le peuple était saisi d’une partie de leur bétail et de leurs denrées alimentaires dans le seul but de nourrir les armées. L’organisation de cette armée faisait donc l’empire comme le plus fort des empires de son époque.
Toujours du haut de sa colline, Cinza aperçut les nombreux villages de paysans qui entouraient la ville et un petit lac sur la gauche, servant de réservoir d’eau pour les habitants. Le ciel de la ville était plutôt noirci provoqué par la combustion de bois, pour l’usage militaire, fonte de fer et de bronze, toujours en encore cet usage militaire. Cinza compris aussitôt ce qui faisait survivre cette immense ville. De sa situation, il voyait distinctement la séparation entre la fin du désert situé entre les deux fleuves sacrés, et la faune abondante et jouissant d’un système d’irrigation à la hauteur de l’empire. L’ouverture de la ville de Ninive sur le fleuve le Tigre apportait à sa population toute la fertilité de la terre offrant nourriture au peuple, car le problème n’était pas de produire mais de ne pas se faire pillé par les gardiens du Roi. De nombreux arbres bien organisés formaient des forêts à droite et de nombreux champs bien quadrillés formaient l’agriculture à gauche.
Cinza décida de descendre la colline par les longs sentiers à travers les arbres afin de pénétrer dans la ville. La floraison ici aussi y est propice par l’ensoleillement probablement. Les pierres au couleur marron chauffaient ses pieds à chaque pas. Il se dit alors que la chaleur procurée par ce village laissait présagé un contact aimable avec la population. Il se sentait déjà chez lui, même si son voyage était loin d’être terminé.
En descendant de la colline, Cinza ressentit la fraîcheur du fleuve effleurait ses sens, mais de nouveau à l’arrêt, le soleil se remit à travailler sur sa pauvre tête couverte d’un ruban de couleur blanche. Ses habits de couleur beige étaient composés de deux bouts de tissus recouvrant tout le corps du coup aux pieds. Il arriva enfin prés de plusieurs modestes habitations de pierres et de briques d’argile, toutes regroupées en cercle autour d’une place. La majorité des quatre murs était remplacée par de simple tissu accroché par quelques bouts de bois enfoncés dans l’argile. Les pauvres vivaient là dans une misère insoupçonnable. Certains murs des maisons s’étaient écroulés sous le poids des âges. Ce village n’était il que le point noir de la capitale ou l’Empire d’Assyrie est il fragile à ce point ? Cinza pensait que le peuple assyrien était le plus puissant et où le peuple serait le plus heureux car protéger de tout et de tous les ennemies du Royaume.
Les enfants courraient à travers les ruelles. Tous tournaient autour du puits situé au centre de la place centrale comme s’ils vénéraient l’eau qui les faisait survivre. Certains dansaient, d’autres chantaient des mélodies enfantines qui laissaient es enfants exprimaient leurs joies. Malgré la misère, les gens vivaient avec une certaine joie de vivre, ils se contentaient de ce qu’ils avaient, n’avaient aucun besoin à part manger, dormir, travailler sans aucune quiétude. Quelques femmes travaillaient à l’ombre des arbres à la confection de divers outils et de poterie. Même si leurs réserves ne leur permettaient pas, ils conservaient leurs aliments en trop dans des pots en argile dans un abri situé à l’ombre, derrière les maisons. Ces réserves leur servaient à payer leurs impôts et de temps en temps ils allaient les vendre prés du fleuve en face de Ninive afin d’approvisionner les garnisons et les habitants de Ninive. Les champs étaient situés sur les flancs de la colline jusqu’aux rives du fleuve, parsemées ci et là d’habitations rudimentaires et à d’autres endroits de jardins fleuris, où poussaient de nombreux plantes comme l’orge, le froment, l’épeautre, des variétés de blé et plus loin prés du fleuve, des dattiers et palmeraies. Ils cultivaient de nombreux épices et aromates que certains commerçants achetaient pour approvisionner les autres villes du Royaume. L’agriculture regroupait une large partie de la population qui vivaient ainsi dans la pauvreté tandis que les vraies richesses étaient dans la ville et principalement dans l’enceinte du palais du Roi.
Cinza regarda vers le Sud se mettant la main au dessus des yeux pour ne pas être éblouis par le soleil. Les hommes s’activaient à travailler la terre pour qu’elle fournisse la substance essentielle à leur survie. Cette vision d’un autre monde parut à Cinza à l’opposé de ce qu’il pensait. Chez lui, les ports étaient les plus immenses, il est vrai qu’à Tyr, sur la côte méditerranéenne, le commerce maritime faisait vivre bons nombres d’habitants. Ces richesses étaient donc fort convoitées par les garnisons ennemies comme l’Assyrie. Mais l’accès par la mer était une bonne porte de secours pour permettre aux peuples de Tyr de vivre en totale autarcie. C’est ainsi qu’il y a quelques années, le siége de cette ville par le Roi assyrien dura treize ans, sans jamais tomber.
C’est alors que quelques années plus tard, Cinza décida d’entreprendre ce voyage vers de nouvelles contrées. Il avait traversé si ardemment les vallées, les collines, les fleuves, les déserts. Il avait évité à de nombreuses reprises les garnisons assyriennes, qui auraient pu le tuer uniquement parce qu’il passait par là. Il fut escorté à deux reprises par des caravanes de marchands, qui l’aidèrent à traverser l’Euphrate sans embûches grâce à de précieux conseils sur les trajectoires à prendre pour éviter les brigands assoiffés d’or, et il était enfin arrivé sain et sauf prés de Ninive. Et pour seule récompense quand il arriva, il assista à ce spectacle de pauvreté.
Après la visite à travers le village, personne ne l’avait trop remarqué malgré ses habits un peu moins sales que les habitants. Cinza était de nature discrète et il avait préféré observer cette scène de la vie quotidienne de ces gens pendant quelques minutes. Soudain, un homme robuste ne se sentant pas rassuré en le voyant, l’interpella si fort que les échos attirèrent les regards des autres habitants. Le paysan s’approcha de lui et lui demanda.
« Etes-vous mèdes ou bien scythes ? »
Cinza ne compris évidemment pas la question qui lui avait posé le paysan, celui-ci n’articulant pas forcément bien et Cinza ne comprenant pas parfaitement la langue de ce pays aux milles jardins fleuris qui parsemaient les flancs de la colline.
« Je ne connais point de mèdes ou bien de scythes, je suis Cinza, je suis tyrien.»
Si les mèdes et les scythes avaient été des ennemies de l’empire assyrien, et c’était justement le cas, Cinza fut surpris du peu de peur que ce paysan ait su affirmer sur son visage. Le paysan le regarda de nouveau.
« Tyrien ? Tu n’est donc pas un de ses étrangers des peuples barbares du Nord, où est ce ton village ? »
« Je viens de Tyr, au loin à l’ouest vers la mer », lui répondit Cinza sûr de lui.
« Mais il n’y a point de mer à l’ouest, car le soleil disparaît toujours dans la colline, si la mer était à l’ouest, le soleil disparaîtrait dans la mer. Il n’y aurait plus de soleil, et nos récoltes ne nous nourriraient plus. Nous serions contraints d’exorciser les démons et de demander aux prêtres des temples d’effectuer des sacrifices animales » lui répondit le paysan.
Cinza fut étonné du raisonnement de ce paysan qui n’avaient jamais dû aller dans une école, et pour qui ces mots avaient été si simples à penser et à prononcer. La croyance et la dévotion aux Dieux et donc au Roi étaient fortement instaurée dans la vie de tous les jours dans cette communauté. Cinza joua alors de sa formidable éducation et de sa rhétorique pour demandait au paysan.
« Jusqu’où le ciel t’a t’il permis d’aller le plus loin derrière ces collines ? » Le paysan lui répondit.
« Nous avons peur de la ligne plate qui s’étend au loin. »
Le paysan faisait bien sûr allusion à l’horizon qui se dessine de façon perpétuelle, si lointain et si proche à la fois.
Plusieurs habitants aux vêtements déchirées, intrigués par ces mots, s’approchèrent de Cinza et observèrent son visage et ses habits évidemment en meilleur état que les leurs. Tous n’avaient point compris la situation, mais la curiosité de certain et la jalousie des autres formaient à présent un cercle humain autour de Cinza. Les paysans étaient intrigués car sa couleur de peau était moins foncée que la leur. Et ses habits bien différents par les couleurs et la coupe. Une femme lui demanda si la maladie l’avait congédié à venir dans ce village pour tuer ses habitants. La folie n’était point la raison de la venue de Cinza dans cette région et le fait qu’une paysanne pense ça, le fit frissonner tant l’idée paraissait absurde. Cinza commença à raconter son histoire pour contredire les nombreux dires qui venaient d’être fait sur lui. Les médisants pensaient que le pauvre Cinza était un mort revenu des vivants en se réincarnant et qu’il fallut l’exorciser, d’autres pensaient au retour d’un guerrier devenu fou.
Les langues se délièrent jusqu’à ce que Cinza leur fasse comprendre les contrées lointaines qui s’étendent sous leurs pieds qu’il avait dû traverser durant des jours et des nuits. Les paysans ne pouvaient être qu’admiratifs devant l’instruction de cet homme.
« Mais où est donc ton armée, si les Dieux t’ont donné le savoir ? »
« Il n’y a point d’armée pour me défendre, je ne suis menacé de personne et la réflexion m’a permis de lutter contre mes ennemies les plus féroces dans tous les cas. Ai-je donc besoin d’une armée pour découvrir le monde et apportait ma sagesse à travers les contrées aussi lointaines soit-elles ? Je ne suis point esclave, point venu faire la guerre sur vos terres. La paix est dans ma bouche, et l’espérance vous guidera. »
Les paysans restèrent ébahis devant les mots de Cinza. Certains se dédaignèrent à se remettre au travail, car la journée ne venait que de commencer.
Cinza poursuivit l’éloge de son aventure aux quelques badauds qui s’étaient regroupés. Il rajouta.
« J’ai parlé à des hommes qui on vu un désert surgir de la faune et les démons de poussière se déchaînaient sur leurs villages. Un prédicateur leur avait bien dit de bénir les Dieux et les avait prévenu des conséquences. »
Les paysans se regardèrent tous en s’interrogeant. Après les convoitises, les soupçons apparaissaient dans les yeux des paysans. Enfin, une des femmes au visage voilé par un ruban de soie osa lui demander si la raison lui avait fait défaut, et si l’hérésie le menaçait. Plusieurs paysans baissèrent la tête en signe d’approbation. Même les hommes avaient soutenu les mots de cette femme par un simple geste de la tête. Mais Cinza ne répondit pas.
Un vieil homme resté près de l’autre arbre qui ombragée le village, s’approcha enfin. Muni d’une canne en ivoire, lui servant à faire ces quelques pas, le vieil homme regarda les villageois puis regarda Cinza pour lui faire comprendre que ce qu’il va dire est en accord avec les autres paysans.
« Es-tu un sorcier ou un de ses disciples du Mal ? ».
Les villageois reculèrent tous d’un pas spontanément en même temps. Les paroles du vieil homme laissaient penser qu’il s’agissait du chef du village. Il n’y eu plus un mot. Mais Cinza, confiant, lui répondit que non.
« Je n’en crois rien ! », lui répondit le vieil homme.
Au loin, on entendait des bruits de métal cliqueter. Il s’agissait sûrement du bruit d’un cheval attelé ou d’un soldat armé. Au bout quelques instants, deux soldats arrivèrent. Ils effectuaient leurs rondes autour des villages pour faire régner l’ordre. Les deux soldats s’approchèrent d’un paysan en lui demandant qui était cet homme qui attirait les foules. L’homme leur répondit qu’il s’agissait d’un homme qui avait vu un désert surgir de la terre. Les deux soldats s’esquissèrent un signe qui leur fit réciproquement comprendre que l’étranger n’avait pas sa place ici et que pour la sécurité des populations, cet homme devait être emmené au Palais.
Au moment où les soldats arrivèrent près de Cinza, ce dernier finissait la phrase. « …sans doute arrivera t’il la même chose à ce lac qui est là ! ».
Les soldats s’empressèrent de saisir son dromadaire ainsi que de le saisir et de l’arrêter pour le conduire comme prévu au Palais. Il y sera jugé.