Esprit Critique .......
Cinza,
voyage en Mésopotamie


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Chapitre n°1

Ceci est le récit d’un voyageur phénicien en Mésopotamie, région du Moyen-Orient situé dans l’actuel Irak, entre les fleuves sacrés que sont le Tigre et l’Euphrate. Les textes écrit en cunéiformes ont été retrouvés lors des fouilles archéologiques organisées en 1935 par la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG) dont le directeur des recherches était Rodolph Kaldimann, sur des tablettes d’argile prés de la grande bibliothèque de Ninive construite par Sargon II à la fin du VIIIéme siècle av. JC.



Chapitre 2

Cinza fut escorté avec prudence jusqu’au Palais par les mêmes gardes qui l’avaient interpeller. Cinza ne savait pas encore pourquoi il avait été arrêté. Les soldats lui firent passer par l’un des gués qui permettaient de traverser le Tigre.

Il put ainsi visiter la ville, un peu rapidement certes, mais les couleurs des marchés parsemés dans la ville lui rappelaient ceux qu’ils y avaient dans sa ville natale. Les nouvelles senteurs toutes originales et exotiques attiraient les chalands dans les petites échoppes. Le bruit de la ville était fort dérangeant, les chevaux et leurs attelages, les ânes et leurs chargements, les forgerons au travail, les artisans fabriquant les outils, les femmes dans les cuisines, les échoppes, les tavernes et les étales de produits frais ou moins frais, les enfants encombrant un peu plus les passages d’accès au marché par leur mendicité. Tout ce bruit agaçait Cinza qui commençait à avoir une légère faim. Certaines échoppes vendaient de la nourriture toute prête et toute chaude. Il se demanda s’il put prendre quelques fruits sur l‘étale d’un marchand. Après tout, quand on meurt de faim, voler de la nourriture n’est pas réellement un vol. Il avait très faim et les soldats le maintenaient bien en place. Tous les prisonniers subissaient donc ce supplice du passage dans les marchés.

Ils arrivèrent enfin à la sortie de la ville et s’arrêtèrent à un poste de garde bloquant les portes d’entrée de la ville. Le voyage n’était pas encore fini, puisqu’ils durent prendre à présent un char de transport conduit par deux chevaux solidement attachés pour parcourir à travers les champs et les canaux d’irrigation, les quelques lieues qui séparaient Ninive de Khorsabad, la nouvelle ville devenue capitale de l’Empire. Dans cette ville construite en l’honneur du Roi Sargon II se trouvait le plus beau des palais de toute l’Assyrie, le Palais Dour-sharroukên et les splendides jardins qui l’entouraient.

Le convoi arriva enfin dans la ville construite en carré. Les villes assyriennes étaient les cités les plus menacées du Royaume, ainsi les fortifications de cette ville étaient les plus développées en Assyrie. Les murs en briques crues étaient épaisse de presque une demi-corde (24 mètres) et s’érigent sous un soubassement en pierre de plus de deux coudées (1 mètre). Toutes les demi-cordes, une tour rectangulaires étaient construites pour défendre la ville. Et sept portes à tenailles y étaient percées. Chacune des portes comportaient un avant-corps qui se projetait à une demi-coudée de l’enceinte et formait une sorte de bastion enfermant une cour. Au fond de la cour, flanqué de deux grandes tours, s’ouvrait le passage voûté qui traversait l’épaisseur du rempart, avant de déboucher dans la ville, ce couloir coupé à deux reprises par des corps de garde. Quelques soldats étaient positionnés sur les plates formes en bois derrière les créneaux au sommet du rempart, d’autres pointaient leurs arcs dans des meurtrières. Après un passage rapide dans la ville neuve, ils arrivèrent au niveau du Palais. C’était le tribunal de la ville, et quasiment celui du royaume. Il n’y avait pas vraiment de bâtiments réservés à l’exercice de la justice. La plupart des jugements s’effectuaient dans des palais ou dans des temples de la ville. Le Roi n’était pas vraiment au courant des affaires qui s’y jugées, mais son autorité suffisait à mener d’une main de fer le royaume, sans scrupules pour son propre peuple, mais surtout contre les autres peuples. L’administration palatiale était fort nombreuse et composé de domestiques, de courtisans et d’administrateurs, de scribes, de prêtres, d’experts scientifiques et de gardes, de hauts dignitaires, ainsi que la famille royale et quelques nobles, souvent propriétaires terriens. Un certain nombre de gens au service du Roi étaient des eunuques, qui de part leur absence de descendance, ne se souciaient pas des intérêts familiaux et se vouaient entièrement au Roi, et donc aux Dieux.

Au yeux de Cinza, le Palais était immense, muni de colonnes de plus de vingt mètres de haut, des marches de marbres menant à une grande porte rectangulaire de bois orné, aux sculptures splendides. Des deux cotés de la grande porte d’entrée se trouvait d’énormes taureaux ailés, qui étaient l’emblème des rois assyriens. Ils étaient sculptés dans la roche. Le Roi aimait chasser dans les plaines avoisinantes. C’était là son occupation favorite. Le danger ne le guettait pas, car il était sous bonne escorte armée. De magnifiques bas reliefs relataient les conquêtes du Roi, et les sculptures de guerre victorieuse envenimaient la réputation du Roi. Son pouvoir était inaliénable.

A cet instant, Cinza pensa que le quartier avait changé d’allure. Après les endroits où la pauvreté était à son apogée comme à son arrivée à Ninive, la ville qui se présentait sous les yeux de Cinza paraissait comme le paradis sur Terre. En effet, hormis l’imposant Palais qui était le long des remparts, les maisons toutes de plusieurs étages possédaient toutes un jardin, les arbres poussaient en abondance. Les jardins étaient immenses et très florissant. On y trouvait de nombreuses espèces de plantes, d’épices et d’arbres. Certains jardins poussaient tout seul sans subir la main de l’homme et ces endroits devenaient les plus naturels du Royaume. D’autres étaient plus organisés, plus soignés. Les jardins en terrasses étaient les plus magnifiques. Les propriétaires faisaient preuves d’un certain goût pour l’exotisme cherchant à acclimater ensemble différentes essences rares et étrangères. Ici se jonchaient une petite forêt de palmier ou de dattiers et là s’étendaient des arbres que Cinza reconnu, des cèdres, qui devaient probablement venir de son pays lointain. L’irrigation était dans ces jardins de formidables mécaniques. L’eau avait pourtant fait son apparition dans cette ville construite en plein désert, puisque lors de sa construction, la ville fut reliée à la rivière de Khosr par de grands canaux d’irrigation. L’agriculture avait pu être permise tout autour de la ville, et les jardins avaient pu devenir tout simplement splendides.

Dans les rues de la ville, il y avait partout des arbres, bien alignées, apportant ombre et fraîcheur dans ce pays chaud. Les gens qui habitaient ici devaient être les notables de la ville, pensa Cinza. Il remarqua sur la droite du Palais, un bâtiment qui s’apparentait à une école, une grande école pour éduquer les scribes, qui deviendront plus tard des personnes instruites et qui pourront travailler au service du Roi au plus haut niveau. Ces écoles de scribes étaient bien sûr réservées aux enfants issus de milieu aisé, comme cette ville. Le Roi était certes le seul à prendre les décisions aussi bien militaires qu’économiques, mais il savait aussi diriger une armée lors des batailles. Pourtant, la plupart des décisions lui étaient éclairés par des conseillers de son administration et les batailles étaient souvent dirigées par les gouverneurs des villes qui attaquaient une autre ville. La tâche du Roi était aussi et surtout religieuse, il était le seul défenseur du peuple assyrien et sa mission lui avait été confiée par les Dieux. Ainsi il participait à de nombreuses cérémonies assez rituelles tels que la purification, le repas en présence des Dieux ou bien la cérémonie du Nouvel An. Tout ceci lui occupait une grande partie de la journée. Pour perpétuer sa présence dans tous les temples des différentes villes, il substituait son pouvoir auprès de prêtres.

Cinza et les soldats entrèrent par une porte sur le coté du Palais. Cinza n’avait pas droit à la grande entrée. Il n’avait rien dit à ces agresseurs sur le chemin étant sûr que les reproches qu’on lui faisait n’étaient point fondés. Il n’avait raconté que ce qu’il avait entendu. Lors de son passage dans le marché, beaucoup de personnes l’avaient regardé différemment par son coté occidental par rapport aux autres, il paraissait avoir un charisme que le peuple avait distingué. Certains lui avaient même lancé des mots peu réconfortant tels que la justice dans ce pays était fort expéditive, que le Roi savait pardonner dans le sens de ses intérêts. Certains messages étaient beaucoup plus réconfortants, surtout par les femmes qui le croyaient partir au bagne. Le Roi avait le pouvoir de vie ou de mort sur ces sujets et ce dernier ne s’en privait pas.

Pour l’heure, il devait faire face à ses accusateurs, qu’is ne connaissaient même pas. Cinza n’avait pas vraiment élaboré une mise en scène pour abreuver les juges de ce qu’ils voulaient entendre. Il entra, après seulement quelques instants d’attente, dans une autre pièce, un peu moins luxueuse par rapport à la beauté du monument vu de l’extérieur, mais les quatre arches de marbres qui supportait les quatre murs avaient un coté rassurant, et les gravures de bois, les objets en défenses d’hippopotame, les statues d’ivoire montraient les richesses que ce royaume possédait. Il faisait frais dans cette pièce. Il croyait en la justice de ce pays comme en la justice de son pays. Il ne pouvait y avoir qu’une erreur dans son arrestation.

La salle était assez grande. Au fond, derrière des tables en bois, se trouvaient cinq personnes que l’on pourrait apparenter à des juges, et en face d’eux se tenait la salle d’audience avec un alignement d’une dizaine de chaises. Seulement quelques personnes assistaient aux jugements. Aujourd’hui, il y en avait quatre. On fit asseoir l’accusé sur un banc.

Les juges se levèrent, regardant l’accusé, l’un d’eux prononça :

- Devant les autres juges, vous êtes accusé d’avoir fait preuve d’irresponsabilité et de démence lors d’une conversation avec un de nos fervents soldats de du Royaume. Vous êtes accusé d’avoir prononcé des mots proches du Mal, l’hérésie vous atteint et la justice ne peut plus rien pour vous. Voulez-vous prononcer quelques mots devant les juges ?

Cinza resta abasourdi par les accusations violentes du juge. La ferveur de ses mots ne prévoyait à Cinza que le supplice extrême ou les travaux forcés.

- Je ne puis être d’accord avec vos accusations. Je me prénomme Cinza, je viens de Tyr sur les territoires de l’Ouest, dans le Levant, conquis par le grand Roi Sargon et sa puissante armée assyrienne. Cela fait bien longtemps que je suis parti de ma patrie. Si je suis atteint d’hérésie comme vous le prétendait, je ne pourrais point me défendre car vous serez persuadé que je le suis, lança Cinza, sure de l’attitude à mener.

Sachant que de toutes les façons, il serait condamné, il tentait de séduire les juges par son caractère et sa force d’esprit.

- Soit, je suis un étranger par ici, mais je fais parti des conséquences de vos conquêtes sur mes anciennes terres. Je fais donc parti à présent de votre peuple. Ce que j’ai décrit sur l’avenir du désert ne sont que des dires qui m’ont étés rapporté par quelques paysans d’une ville du désert assyrien. La nature qui est sous nos yeux change au fur et à mesure que le temps passe et les hommes et le peuple assyrien dépendent de cette nature malgré qu’ils cultivent tant de champs et de palmeraies, nécessitant irrigations et toutes ces contraintes hydraulique. La richesse de ses terres qui sont fertile grâce aux Dieux, en nous faisant don de ces deux grands fleuves qui subviennent à nos besoins, et la bonté du soleil de permettre aux aliments de pousser un peu plus, en est la preuve. Malheureusement mes biens chers frères, au milieu de certains déserts, les quelques lacs sont les seules signes de vie pouvant faire survivre les populations et au fil du temps, les usures de la nature à cause de l’irrigation ont accentué la baisse du niveau des eaux du lac. Bien plus tard, les paysans me dirent que la nature devint violente. Voyant ce désert et les dires des paysans, voilà ce que j’en ai conclu : les hommes ont asséchés le lac par l’acharnement à cultiver ses terres. Comment leur reprocher ? Cependant, le lac a fini par disparaître à jamais. La chaleur et la faible tombée des pluies ont accentué le problème, si bien qu’un jour, les paysans ont remarqué le sol devenir fragile, se craquelait, le manque d’eau en était la cause. Je compris que la colère du désert se déchaînerait, les vents de poussières étoufferaient les hommes et la vie deviendrait impossible. Les juges furent étonné des propos de Cinza et le laissa continuer.

- Je ne sais pas ce que les hommes de ces terres sont devenus, mais la catastrophe a du être inévitable. Je n’ai point voulu effrayer les habitants de votre royaume en les prévenant de l’avenir du lac que je voyais prés du fleuve.

Les juges et l’assistance restèrent muets quelques instants. Les propos de Cinza avait paru incompréhensible pour certains, mais les juges avaient bien compris que le dénommé Cinza n’était point un esclave, un traître, un danger pour la communauté, mais un savant qui possédait une science enviable, il était cultivé et pourrait sans doute servir le Roi. Malgré tout, leur premier choix devait persister car cela était leur premier choix et qu’ils ne pouvaient point revenir sur leur décisions de condamner ou pas Cinza. Celui-ci voyait bien leur hésitation.

Mais Cinza continua en racontant les aventures qu’ils avaient rencontrées pendant son voyage. Il dut se cacher des brigands à plusieurs reprises, et quelques villages pas très accueillant lui ont volé une partie de sa richesse. Il avoua qu’un jour, il dut déjouer une attaque assyrienne en s’échappant promptement.

Un jour, il sauva deux chasseurs d’une tempête de sable. Les deux hommes avaient remarqué plusieurs animaux plutôt affolés courir et s’enfermer entre des haies d’arbres et de broussailles. Les deux chasseurs voyant ces proies aussi faciles venir à eux, se saisirent rapidement de leurs arcs et de leurs flèches et commencèrent à descendre la colline. Seulement en fait, derrière les arbres arrivait une tempête de sable que les deux hommes n’avaient point vu. Les animaux apeurés avaient alerté Cinza de la venue d’une catastrophe.

- Et qu’est il advenu des deux chasseurs ?  demanda l’un des juges.

Cinza les rassura en leur disant qu’il dû retenir les hommes en les persuadant de ne pas y aller. Ces derniers le rouèrent de coups pour le punir de ne pas respecter les gens du pays. Voyant la tempête de sable les épargner, les deux chasseurs finirent par remercier Cinza en lui offrant l’hospitalité quelques jours, mais les deux chasseurs n’avaient toujours pas de gibier à manger.

Les juges lui demandèrent ensuite les raisons pour lesquelles il était venu loin de son pays. Il leur expliqua qu’il cherchait une nouvelle route pour l’essor du commerce de cèdre de son père. Il lui avait aussi parlé des besoins du Roi assyrien pour la construction de navires. En effet, pour assurer ses conquêtes sur la Babylonie, le Roi avait édifié un chantier naval nécessitant main d’œuvre et génie tyrien ou sidonien. Un des juges approuva ses dires en lui parlant de l’existence du chantier ainsi que d’une mer qui longe le désert d’un coté et la montagne de l’autre.

- Mais où se situe cette mer que je cherche ? demanda Cinza, déjà plus intéressé. Le juge expliqua à Cinza qu’il fallait suivre le courant du Tigre jusqu’à que ce dernier crache ses flots dans la fameuse mer.

Afin d’être sûr de ne pas condamner un innocent comme c’était le cas quelques fois, ils demandèrent aux témoins de se présentaient à eux. Pourtant personne n’arriva. Les juges furent gênés car il n’y avait pas de témoins. Les deux soldats avaient reçu l’ordre de repartir vers Ninive pour une affaire urgente, et ainsi un jugement ne pouvait être prononcé si aucun témoin ne pouvait attester de la situation. Ce trouble redonna espoir à Cinza. Il comprit que la chance était avec lui. Cinza leur rappela que sa famille l’attend avec d’heureuses nouvelles, et que la bonté des juges envers son cas pourrait faire preuve d’exception pour les intérêts du royaume et de sa riche famille. Malgré que sa famille n’était pas si riche que ça. Mais l’assurance et la fermeté avec laquelle Cinza sut se défendre mettaient les juges dans une certaine posture proche du malaise, pire de l’incident diplomatique. Le jeune Cinza avait une attitude des plus honnêtes pour les juges qui décidèrent de se retirer quelques instants, car la situation leur imposait la bienveillance pour cet homme instruit. Ils se demandaient si seul le Roi pouvait juger cette affaire. Il jugeait certains cas, lorsque le temps le lui permettait. Il ne fallut pas déranger le Roi pour une telle affaire d’hérésie. Ils se demandaient s’ils devaient condamner un commerçant. La probable richesse de Cinza leur enlevèrent les dernières hésitations.

Les juges arrivèrent dans la grande salle et annoncèrent que Cinza soit libéré gracieusement, pour l’intelligence d’avoir prévenu les paysans du danger des déserts et pour favoriser le commerce dans leur grand Royaume. Les juges lui dirent enfin « Vous serez donc libre après avoir payé quatre sicles d’argent en guise de reconnaissance à notre Empire. » Cinza approuva de la tête avec tous les respects qui se devaient.

On lui enleva les chaînes aux poignets et aux chevilles. Il fut cordialement invité à payer sa dette et fut raccompagné devant le Palais. On lui remit son dromadaire, son fidèle compagnon de voyage, qui avait fait le chemin avec un autre soldat réquisitionné d’office. Il put enfin sortir par la grande porte en bois sculpté par laquelle il n’avait pu entrer. Homme d’instruction, Cinza se rassura que la justice était sauve car il avait tout vu sur son chemin : les déserts, les palmeraies, les caravanes, les contrôles de soldats, les fleuves infranchissables, les guerres civiles, les vengeances, la jalousie, la pauvreté, les tortures gratuites des soldats, le froid, la faim, la chaleur suffocante, les tempêtes de sable, la colère du Roi contre les peuples ennemies, les mercenaires, les brigands, les animaux sauvages, mais pas l’injustice.

Zano


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